Interview de Stéphanie d’Expatrielles

Ce mois-ci, j’ai décidé d’interviewer Stéphanie coach et fondatrice d’Expatrielles .
Spécialiste de l’expatriation au féminin en Russie et dans les pays de l’Est, elle aide toutes les femmes qui veulent réussir leur expatriation sur un plan personnel, familial et professionnel.

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photo siteBonjour Stéphanie. Comment vous est venue l’idée et l’envie de créer Expatrielles ?

Bonjour Florence ,

Juriste en droit international et une rapide incursion au royaume des ambassadeurs, c’est dans l’industrie automobile que la première partie de ma carrière s’est déroulée. Plusieurs fonctions dans le domaine de la qualité et du marketing international m’ont alors menée sur la route de celui qui, fraichement débarqué de Pologne, allait devenir mon époux. Avant de le devenir, celui-ci m’a annoncé qu’il venait de se voir proposer une nouvelle mission : à Moscou. En dépit de sa croyance profondément ancrée : « A l’Est tout est nouveau ! », j’ai pris un an avant de me décider à le rejoindre.

Le concept de « lune de miel », souvent retenu pour qualifier les premiers mois d’une expatriation, a eu chez moi des allures d’étoile filante. Pays froid, langue difficile, absence d’activité professionnelle à l’arrivée, mari absent et vie sociale proche du néant ont en effet très rapidement entamé mon optimisme.
Il fallait tout reconstruire dans un environnement culturel différent et impossible à décoder durant les longs premiers mois qui ont suivi mon arrivée.
Le choc culturel est souvent évoqué quand on parle des difficultés liées à l’expatriation. J’évoquerais plus volontiers un choc identitaire : l’éloignement, trouver sa place, être moi mais ailleurs, recréer une vie sociale mais aussi professionnelle ont été je crois les choses les plus difficiles à dépasser.
De plus, l’expatriation est encore souvent associée à une image masculine : elle est réservée à un aventurier musclé : l’homme. Le rôle de la femme quant à lui est souvent cantonné à un rôle de « madame logistique » du foyer familial. Si l’expatriation est un échec, elle en est souvent la seule responsable et coupable. Si l’expatriation est une réussite, le rôle qu’elle a joué pour y contribuer est encore trop souvent minimisé.

Après quelques années d’expatriation en Russie, j’ai moi même effectué un coaching : je sentais bien que ma vie à l’étranger, les postes que j’avais occupés professionnellement à Moscou dans des domaines différents, les rencontres, la culture russe surtout avaient donné naissance à un nouveau « moi ».
J’avais besoin de le creuser avec l’aide de quelqu’un d’extérieur pour pouvoir mieux l’affirmer et redéfinir aussi mes objectifs professionnels en tenant compte des nouvelles compétences acquises les dernières années.
De ce coaching tant personnel que professionnel s’est affirmée l’idée que j’avais, à travers mes différentes fonctions en France ou en Russie, toujours pris beaucoup de plaisir à accompagner : des hommes et des femmes pour mettre en place des projets, changer ou améliorer l’existant, tenir compte des richesses de chacun pour donner vie à des projets communs.

J’ai profité de ma seconde expatriation à Budapest pour me former de façon sérieuse à ce domaine en optant pour une formation de 9 mois à Paris. J’ai soutenu mon mémoire de certification consacré aux conjoints d’expatriés : Expatrielles était née.
Des mots comme femmes, expatriation, mixité, parité, éducation, carrières à l’international, plafond de verre sont des sujets qui me touchent. Le coaching ne connaît pas les genres mais j’ai eu envie d’accompagner les femmes pour qu’elles puissent faire de cette aventure qu’est l’expatriation, aussi, la leur. J’ai eu envie de faire du mot expatriation, un mot appartenant au genre féminin, une réalité.

Derrière l’envie de créer une activité nomade se cachait aussi, mais pas tant que cela, une grande soif de liberté que mes différentes expériences professionnelles dans différentes « boîtes » ne réussissaient pas à combler : j’ai donc eu envie de fabriquer la mienne.

Expatrielles est née il y a 3 ans maintenant : alors que je ne m’adressais qu’aux femmes expatriées en Russie, j’ai constaté que des femmes vivant ailleurs me contactaient également et étaient confrontées à des difficultés propres à chaque expatriation. J’ai donc décidé de me spécialiser sur une zone que j’aime particulièrement qui est l’Est.
En effet, chacun de mes accompagnements comporte un volet interculturel pour aider les femmes aussi, à travers la culture de l’Autre, à mieux comprendre la leur. Notre culture façonne nos façons de voir le monde et d’agir plus que nous ne le pensons. S’ouvrir à l’autre, c’est aussi souvent oser s’ouvrir à soi.

 

Quel est votre public cible ?

Je dirais les femmes qui aiment l’action que suppose toute expatriation ! Celles qui pensent que l’expatriation n’est pas une fatalité quand on suit son conjoint mais plutôt une source d’opportunités à saisir pour s’affirmer, se connaître et bien souvent se révéler !
Chaque femme vit l’expatriation en fonction de son histoire personnelle, familiale et professionnelle et j’attache une importance toute particulière à ce point : je n’accompagne pas les femmes en leur proposant de vivre les mêmes expatriations que moi mais bien pour les aider à construire la leur. Mon expérience m’aide sûrement à les comprendre mais surtout chaque accompagnement me fait réaliser à quel point nous sommes toutes différentes dans nos façons d’aborder les surprises que nous réserve la vie à l’étranger. C’est cette diversité qui me plaît au quotidien en exerçant mon métier.

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Quelles prestations proposez-vous ?

Je propose différentes prestations qui sont toutes conçues sur-mesure. Chez Expatrielles, il n’y a pas de méthode formatée.
Je me suis formée à différents outils dont le plus important est l’écoute. Aussi chaque accompagnement est fait sur-mesure : cela me prend plus de temps mais j’aime remettre à chaque fois le cœur à l’ouvrage pour aider la personne qui me fait confiance de manière individualisée.
Et je crois que respecter le fait que chacune est différente me permet d’être plus pertinente et de répondre véritablement à des attentes qui sont propres à chacune. Et puis je l’ai dit un peu plus haut, je n’aime pas les cases.

J’accompagne les femmes avant et pendant l’expatriation via des coachings individuels pour les aider à clarifier leurs attentes durant cette expatriation, à exprimer leurs besoins mais aussi leurs valeurs. La gestion du temps est un sujet sur lequel je travaille beaucoup car le changement que sous entend le départ à l’étranger, et souvent la pause forcée d’une activité professionnelle, nous oblige à la rigueur pour pouvoir construire un emploi du temps dynamique qui défendra le sens qui sera donné à cette expatriation.

Je les accompagne également, et de plus en plus, sur des projets : l’expatriation est aussi souvent le moment opportun pour consacrer de l’énergie à ce que nous avions laissé de côté en vivant en France. A l’étranger, nous avons aussi cette possibilité de savourer une liberté retrouvée ! L’expatriation nous donne aussi souvent des idées et nous permet d’oser affirmer un aspect de notre personnalité. La vie à l’étranger surtout, et la culture dans laquelle nous vivons peuvent nous donner envie d’acquérir ou de valoriser de nouveaux savoir faire et savoir être.

Dans les mois qui viennent, j’aimerais également pouvoir proposer des ateliers sur place pour permettre aux femmes de venir réfléchir à un sujet précis : j’aime les vraies rencontres et les différentes personnalités dans un groupe donnent toujours naissance à de très beaux échanges.

 

Est-ce que de travailler à distance a été un frein et qu’avez-vous fait pour y remédier ?

Travailler à distance m’est apparu comme un frein au début. Je le disais plus haut, j’aime les rencontres. Mais je crois que pendant longtemps j’ai utilisé cette croyance comme une formidable excuse pour ne pas trop m’exposer en ligne.
Avec le recul, je crois qu’au contraire être loin physiquement des femmes que j’accompagne a été plutôt un atout. Pour elles comme pour moi.
Le monde de l’expatriation est « un village » d’une part où tout le monde se connaît et peut être amené à se croiser.
D’autre part, je constate que le lien collaboratif qui est nécessaire pour bien travailler ensemble, se tisse très bien via Skype. Je ne ressens plus la distance comme une limite bien au contraire.

Ce qui a été peut être plus difficile est le fait de travailler seule. Mais avec le temps, j’ai réalisé que nous étions nombreux et nombreuses dans ce cas là et qu’il fallait en effet s’aménager des plages horaires dans notre emploi du temps pour rencontrer d’autres personnes dans la même situation, maintenir une vie sociale, du temps pour soi et pour sa famille. Bref, se construire un emploi du temps avec des horaires sans oublier d’accorder une vraie place à ce qui est aussi important pour nous en dehors du travail.

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Que conseillerez-vous aux femmes partant en expatriation ?

Après 10 années à l’étranger, je dirais spontanément :

1. Avoir un projet pour soi : cela va de profiter de ses enfants à lancer son entreprise en passant par des formations, du bénévolat. Faire du temps que nous offre l’expatriation un allié.

2. Réveiller sa curiosité : vivre ailleurs nous permet de mieux nous connaître. Nous sortons de gré , voire souvent de force, de ce que nous appelons la zone de confort. La vie à l’étranger est pour moi synonyme de découvertes, de trésors insoupçonnés dès lors que nous osons dépasser nos préjugés sur nous comme sur les autres. Nous sommes bien souvent notre pire frein.

3. Oser :
– se tromper tout d’abord car c’est souvent dans ces situations que nous apprenons beaucoup et développons des ressources ;
– faire ce qui nous plaît et qui est important pour notre équilibre, surtout quand la majorité de notre entourage pense tout le contraire. Respecter nos besoins.
– changer : notre façon de voir les choses, nos façons de faire et d’être. Envisagez les changements engendrés par l’expatriation comme des opportunités pour grandir et non des contraintes.
Rêver bien sûr et ne pas oublier de passer à l’action pour en faire une réalité.

4. S’écouter : ouvrir la porte à nos émotions, les accepter. Nos émotions sont de formidables indicateurs pour nous guider dans la construction de notre expatriation tant sur un plan personnel, familial que professionnel.

 

Merci beaucoup Stéphanie.

Merci à toi Florence de tout cœur de m’avoir accordé cette interview pour parler d’Expatrielles.

 

Vous pouvez également retrouver Expatrielles sur Facebook.

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