En France aussi : le bois sacré de Marseille

logo-EnFranceAussi« En France aussi » est un rendez-vous mensuel proposé par trois blogueuses Voyage (Christelle de Voyage & Féminin, Nath’ de La Terre sur son 31 et Sylvie du Coin des voyageurs) qui (re)découvrent la richesse et la beauté de leur pays.

 

« Promenons-nous dans le bois » est le thème de ce mois-ci. J’ai hésité quelques instants à quitter Marseille pour le traiter mais finalement non. Tout se trouve à Marseille ! (j’ai même déniché de la vigne la fois précédente 😉 ). Je vais donc vous parler du Bois Sacré de Marseille.

1505aCet espace vert de Marseille s’étend sur les flancs de la colline de Notre-Dame de la Garde : au nord, nord-est de part et d’autre de la rue du Fort du Sanctuaire et au sud de celle du Bois Sacré. D’ailleurs, au niveau de cette rue, le bois a été aménagé et il est possible d’y trouver un terrain de sport, deux boulodromes et un espace pour les enfants.

Depuis fort longtemps, cet espace est sacré. Il était, à l’origine couvert d’une dense forêt, composée essentiellement de chênes. Elle fut malheureusement abattue par César lorsqu’il attaqua les Marseillais. Ce fait est raconté par Lucain dans le livre III de « La Pharsale » :

Non loin de la ville était un bois sacré, dès longtemps inviolé, dont les branches entrelacées écartant les rayons du jour, enfermaient sous leur épaisse voûte un air ténébreux et de froides ombres. Ce lieu n’était point habité par les Pans rustiques ni par les Sylvains et les nymphes des bois. Mais il cachait un culte barbare et d’affreux sacrifices. Les autels, les arbres y dégouttaient de sang humain ; et, s’il faut ajouter foi à la superstitieuse antiquité, les oiseaux n’osaient s’arrêter sur ces branches ni les bêtes féroces y chercher un repaire ; la foudre qui jaillit des nuages évitait d’y tomber, les vents craignaient de l’effleurer. Aucun souffle n’agite leurs feuilles ; les arbres frémissent d’eux-mêmes. Des sources sombres versent une onde impure ; les mornes statues des dieux, ébauches grossières, sont faites de troncs informes ; la pâleur d’un bois vermoulu inspire l’épouvante. L’homme ne tremble pas ainsi devant les dieux qui lui sont familiers. Plus l’objet de son culte lui est inconnu, plus il est formidable. Les antres de la forêt rendaient, disait-on, de longs mugissements ; les arbres déracinés et couchés par terre se relevaient d’eux-mêmes ; la forêt offrait, sans se consumer, l’image d’un vaste incendie ; et des dragons de leurs longs replis embrassaient les chênes. Les peuples n’en approchaient jamais. Ils ont fui devant les dieux. Quand Phébus est au milieu de sa course, ou que la nuit sombre enveloppe le ciel, le prêtre lui-même redoute ces approches et craint de surprendre le maître du lieu. Ce fut cette forêt que César ordonna d’abattre, elle était voisine de son camp, et comme la guerre l’avait épargnée, elle restait seule, épaisse et touffue, au milieu des monts dépouillés. à cet ordre, les plus courageux tremblent. La majesté du lieu les avait remplis d’un saint respect, et dès qu’ils frapperaient ces arbres sacrés, il leur semblait déjà voir les haches vengeresses retourner sur eux-mêmes. César voyant frémir les cohortes dont la terreur enchaînait les mains, ose le premier se saisir de la flache, la brandit, frappe, et l’enfonce dans un chêne qui touchait aux cieux. Alors leur montrant le fer plongé dans ce bois profané : « Si quelqu’un de vous, dit-il, regarde comme un crime d’abattre la forêt, m’en voilà chargé, c’est sur moi qu’il retombe. » Tous obéissent à l’instant, non que l’exemple les rassure, mais la crainte de César l’emporte sur celle des dieux. Aussitôt les ormes, les chênes noueux, l’arbre de Dodone, l’aune, ami des eaux, les cyprès, arbres réservés aux funérailles des patriciens ; virent pour la première fois tomber leur longue chevelure, et entre leurs cimes il se fit un passage à la clarté du jour. Toute la forêt tombe sur elle-même, mais en tombant elle se soutient et son épaisseur résiste à sa chute. à cette vue tous les peuples de la Gaule gémirent, mais captive dans ses murailles, Marseille s’en applaudit. Qui peut se persuader, en effet, que les dieux se laissent braver impunément et cependant combien de coupables la Fortune n’a-t-elle pas sauvés ! Il semble que le courroux du ciel n’ait le droit de tomber que sur les misérables.

Pendant de nombreux siècles, aucune forêt ne poussa en ces lieux. Ils restèrent tout de même sacrés et à partir du Moyen-Age, des processions et pèlerinages s’y accomplirent.

Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’est construite la basilique actuelle, sur laquelle veille la Bonne Mère. Et c’est seulement en 1911 que la Ville décide de planter à nouveau les flancs de la colline. Essentiellement composées de pins d’Alep, ces plantations sont complétées par des cyprès, des chênes verts et des cèdres. Plus tard seront ajoutés des oliviers.

Vue depuis Notre-Dame de la Garde (mon immeuble est visible ;) )

Vue depuis Notre-Dame de la Garde (mon immeuble est visible 😉 )

Vue depuis Notre-Dame de la Garde

Vue depuis Notre-Dame de la Garde sur, entre autres, le Vieux-Port

 

A la prochaine !

 

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